Sociologie des pratiques scientifiques et d’expertises

Depuis les années 70, les conditions de la pratique scientifique et son expertise ont fait l’objet d’analyses tant historiques que sociologiques.

Elles ont transformé à jamais la perception que nous pouvons avoir du rôle de la science dans la société. En la démystifiant, ces recherches connues sous le nom des Sciences & Technology Studies (« les études sociales des sciences et des techniques ») ont dépeint un tableau beaucoup plus nuancé et controversé du rôle des scientifiques et des experts lorsqu’ils sont appelés à dire ce qu’est la Nature ou la société. De nombreuses constations apparaissent :

  • En situation d’incertitude, les sources pertinentes de savoir sont bien plus distribuées qu’habituellement perçues : les connaissances fines et les jugements des profanes rentrent en conflit avec des dispositifs scientifiques de production de connaissances (Brian Wynne, Olga Novotny).
  • La place centrale des croyances et des valeurs et donc des choix sociaux au sein même du travail scientifique (Brian Wynne)
  • La dépendance (voir la redéfinition) des politiques publiques par les savoirs et connaissances des experts (Sheila Jasanoff – Harvard).
  • Les choix politiques sont substitués par des choix techniques dont il devient essentiel de débattre et de délibérer dans la sphère publique (Michel Callon – ENSM de Paris).
  • Les faits et les jugements produits ne sont plus considérés comme l’émanation d’une épistémologie scientifique, mais l’effet de réseaux d’associations entre des entités hétérogènes (des instruments, des personnes, des entités biologiques) que l’on peut concrètement suivre, retracer leurs genèses et transformation conjointe (John Law, Bruno Latour et Michel Callon).
  • Des régimes de savoirs émergent comme autant de systèmes interdépendants de connaissances, de marchés, de politiques qui peuvent être contrastés (Dominique Pestre, Pierre-Benoît Joly).

Ces perspectives nouvelles permettent de penser le rôle que prennent les associations, les groupements de riverains ou de patients, les amateurs comme autant de publics émergents décidés à faire valoir leurs droits et leurs connaissances dans les sujets qui les concernent.