Agroécologie et Transition

Grace à la mise en débat public de l’expertise (IAASTD 2006, DeSchutter 2010) et aux associations et ONG (Nature et Progrès, SOS Faim, OXFAM), la question de l’agroécologie s’est récemment inscrite, dans un débat public et citoyen plus large sur l’iniquité et la non-durabilité actuelle de nos systèmes agroalimentaires : crise climatique, énergétique et biodiversité, épuisement des ressources en eau potable, phosphore , … Cette dynamique impose aujourd’hui d’expliciter les choix à faire pour l’avenir face aux défis alimentaires planétaires.

L’agroécologie en tant que question publique, a transformé la vieille question productiviste « Comment augmenter la productivité pour répondre aux demandes croissantes du marché planétaire? » en une question de gouvernance alimentaire « Comment organiser autrement les systèmes alimentaires face à la diversité et la multiplicité des enjeux et objectifs alimentaires, environnementaux et sociaux ?». Ceci parce qu’elle est devenue un enjeu Nord-Sud qui pose à la fois des questions sur le lien entre les modèles agricoles et alimentaires et sur les modèles de développement au Sud et au Nord.

Critique et proposition, l’agroécologie ne se laisse pas enfermer dans une définition monolythique. Elle peut davantage se saisir à travers une série de principes d’écologisation des systèmes productifs, de méthodologie en terme d’accompagnement du changement et de choix sociopolitiques qui visent à renforcer l’autonomie, les capacités et l’intensité d’emploi des systèmes alimentaires (Stassart, Baret et al. 2012).

L’agroécologie comporte donc bien une dimension civique car elle n’est ni l’affaire exclusive des praticiens « professionnels » ou à l’inverse de quelques idéalistes issus du monde des associations et elle n’est pas plus le pré carré de chercheurs qu’elle ne l’est des mouvements sociaux. Au sein de ces communautés, nous identifions une série d’enjeux citoyens plus spécifiques :

  • Du point de vue des dynamiques de transformations sociales et techniques, l’agroécologie est aujourd’hui un concept fédérateur pour la transition. Elle pose à la fois la question de l’articulation entre pratiques interdisciplinaires (écologie, sciences sociales, agronomies) pratiques professionnelles et pratiques civiques d’un citoyen à la fois mangeur, bénéficiaire, usager ou activiste. Elle interroge sa contribution possible à cette transition dans sa participation à différents modèles tels que l’agroforesterie, la permaculture, l’agriculture de conservation des sols, l’agriculture biologique.
  • Du point de vue du développement à plus large échelle, l’agroécologie est un concept inclusif qui pose la question de la place de l’agriculture dans le développement des régions et des territoires et inversement du rôle des territoires dans le développement de l’agroécologie en particulier comme levier pour surmonter les verrouillages des systèmes alimentaires.
  • Du point de vue sociopolitique, l’agroécologie pose la question du rôle des ONG et mouvements sociaux, ainsi que de leur élargissement à de nouveaux porteurs d’enjeux, dans l’évolution des cadre réglementaires, les programmes de recherches et plus généralement les politiques publiques.